[Billet du Blog] Trouver un emploi après un plan social, en temps de crise il faut oser changer le paradigme de la recherche

Trouver un emploi après un plan social, en temps de crise il faut oser changer le paradigme par Alban Jarry

Licenciement, Plan social (ou plan de sauvegarde de l’emploi), Rupture conventionnelle, tous ces termes marquent l’introduction d’une période de crise dans une vie professionnelle. Ils annoncent une situation de faiblesse pour celui qui en est la victime. Le regard des autres change brutalement face à cette situation. Il faut se battre pour sortir rapidement de la spirale négative.

« Le bonheur ne se trouve pas au sommet de la montagne, mais dans la façon de la gravir », Confucius.
Dès lors que l’évidence apparaît et que le salarié découvre qu’il va quitter l’entreprise, il doit changer le paradigme et préparer son rebond. Le plan social devient alors une course contre la montre pour préparer sa sortie et retrouver un emploi. Plusieurs stratégies s’offrent alors lui, soit subir les évènements et se laisser guider par des méthodes traditionnelles, soit profiter de cette période pour gravir plus vite la montagne en ayant l’idée d’y trouver un monde meilleur une fois le sommet atteint.
En quelques mois, il est alors possible de transformer la contrainte en opportunité et d’accélérer son reclassement. Toutes les clauses du plan de sauvegarde de l’emploi sont à exploiter pour l’optimiser. Le salarié se transforme alors en gérant de sa propre entreprise de reconquête du marché de l’emploi. Le temps est un allié précieux, il faut jouer avec lui et ne pas le laisser prendre le dessus.

« Je ne cherche pas à connaitre les réponses, je cherche à comprendre les questions », Confucius.
Formation, création d’entreprise, des choix radicaux, qui vont orienter une nouvelle phase de sa carrière, sont à faire en quelques jours ou semaines. En optant pour une formation, il faut la sélectionner en fonction de ses études initiales et des compléments que la nouvelle pourra apporter pour la suite. En fonction de son âge, le choix est à optimiser.
Un ingénieur sera tenté par une école de commerce, une personne souhaitant changer d’orientation par une formation adaptée, toutes les options sont à envisager avant de prendre une décision majeure. La principale règle, à prendre en compte, est d’apporter un plus par rapport à son expérience et de maximiser ses chances pour retrouver un emploi rapidement.
Personnellement, j’ai opté pour des études en Management Général Avancé (MGA) cycle d’Executive Education d’une grande école de commerce française (HEC). En quelques mois, il permet d’acquérir une nouvelle vision de l’entreprise. Il fonde les bases d’une seconde partie de carrière. Professeurs, camarades de promotions, tous participent à un enrichissement collectif qui bouscule les certitudes et ouvre de nouveaux horizons.

« Choisissez un travail que vous aimez, et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie », Confucius.
Le plan de sauvegarde de l’emploi est un marathon, il se poursuit par un congé de reclassement de plusieurs mois qui commence une fois que toutes les options de reclassement interne ont été abandonnées. Le plut tôt possible, il faut bâtir une stratégie. L’idéal est d’essayer de synchroniser l’échéance de sa recherche avec la fin du congé de reclassement (surtout comme dans mon cas où celui-ci correspond à des études et se termine un mois après les vacances d’été). A aucun moment il ne faut oublier que pendant toute cette période, la personne est encore salariée et  n’est pas encore été catégorisée par le marché comme un vrai « chercheur d’emploi » (l’impact psychologique est important pour celui qui cherche et pour l’éventuel recruteur).
Quand le salarié bénéficie d’un outplacement dans un cabinet, il doit s’inscrire dans une dynamique collective qu’il peut enclencher avec les autres personnes qui sont dans la même situation que lui. Partage de bons tuyaux, formations pour progresser en groupe, idées novatrices, de 8h30 à 19h comme dans une « vraie » équipe de travail toutes les bonnes idées sont mises en commun. Les ateliers organisés par le cabinet, les formations complémentaires sont à exploiter, une magnifique caisse à outils à adapter à chaque cas est à mise à disposition. Il suffit de piocher dedans et d’éliminer tout ce qui ne correspond pas à son caractère.
Par exemple, j’ai supprimé d’entrée le parcours « rencontre réseau pour obtenir 2 cartes de visites à la fin de l’entrevue » que je trouvais personnellement déprimant. Quand on cherche un emploi, pourquoi le cacher ? Pour faire des rencontres réseau, il existe beaucoup d’autres solutions à exploiter : transports en commun (grâce à l’aide d’amis, il est possible d’y croiser beaucoup de monde qui travaille dans son domaine), associations professionnelles, conférences, petits déjeuners, salons, … Une solution ne marche pas ? Inutile de s’obstiner. Il faut tenter autre chose. Le temps s’écoule sans fin et joue contre le chercheur d’emploi. Dans un monde qui bouge il est inutile de rester immobile.
Comme dans n’importe quelle entreprise,  il ne faut pas hésiter à investir (ou tenter). Une graine peut mettre du temps à pousser. Certaines, qui semblent à priori dans un terrain moins favorable, ne sont peut-être pas à négliger. Au bout de quelques temps, quand une idée ne marche pas, il ne faut pas hésiter à l’abandonner pour passer à autre chose et éventuellement y revenir quand le marché y est plus favorable. Une veille active permet de mieux appréhender l’évolution de son secteur, tout ce que le chercheur trouvera dans cette mine d’or pourra lui resservir pendant la suite de sa carrière.

« L’ouvrier qui veut bien faire son travail doit commencer par aiguiser ses instruments », Confucius.
Cette période est l’occasion idéale pour progresser dans son secteur d’activité et l’explorer dans tous ses recoins. Pendant quelques mois, j’ai reçu énormément de prestataires de services qui cherchaient à me rencontrer dans mon ancien travail et à qui je ne consacrais jamais de temps. Un tour du marché permet d’en percer les dernières évolutions et de connaître quelques seront les meilleures options à utiliser dans son futur métier. Autre avantage de ces rencontres, qui mieux que les prestataires de services connait parfaitement l’état du marché et ses différentes opportunités ? En quelques mois, j’ai transformé le bureau mis à disposition en base arrière de reconquête.
En complément, il ne faut pas hésiter à rencontrer des chasseurs de tête qui connaissent très bien le marché. Certains sont formidables et proposent une aide appréciable en misant sur le rebond du candidat.
Participer aux groupes de travail des associations professionnelles permet d’être informé des dernières problématiques de son marché. Tous les sujets « à la mode » y sont traités. Cette matière accessible permet d’enrichir sa propre base de connaissances et facilite la manière d’aborder les entretiens d’embauche.
Autre instrument devenu indispensable, les réseaux sociaux professionnels sont des mines d’or d’informations pour ceux qui savent les exploiter.  En partageant, il est possible de recevoir, ils deviennent un gage d’accélération du rebond. Il faut exploiter le filon au maximum. Grâce aux nouveaux blogs, aux outils de curation, aux réseaux sociaux, il est même possible d’organiser des études sectorielles et de les publier gratuitement. La puissance combinée de Linkedin, SlideShare, WordPress et Twitter est redoutable.

« On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une », Confucius.
Une autre vie va commencer dès lors que l’on aura retrouvé un travail. En situation de crise, il est primordial de maintenir une confiance en soi et de s’occuper, de gérer cette période comme un emploi à plein temps. La rédaction d’articles pour la presse en ligne professionnelle et une participation dynamique aux réseaux sociaux sont deux bons moyens de combler le vide que provoque cette période. Psychologiquement, à aucun moment, je n’ai eu l’impression que j’allais me retrouver sans travail, j’étais occupé chaque jour.
Ces quelques mois ont été l’occasion de donner des formations pour partager au fur et à mesure des idées, et les confronter à d’autres points de vue, de multiplier les interventions en conférences, d’organiser des études, un travail permanent m’occupait et j’avais toujours la sécurité d’être salarié de mon ancien employeur.
Sur la question des réseaux sociaux et leur utilisation dans le cadre d’une recherche la littérature est abondante. Nombreux sont ceux qui mentionnent le fait qu’une fois que l’on est en recherche d’emploi il est trop tard pour s’y inscrire. Il me semble qu’il n’est jamais trop tard pour commencer, tout dépend de la volonté que l’on veut y mettre et la manière de les aborder. Je me suis inscrit sur Linkedin, Twitter et les autres le jour où j’ai eu la quasi-certitude que j’allais être amené à changer d’employeur, je n’en avais jamais vu l’intérêt auparavant. Depuis, je ne regrette à aucun moment d’avoir fait ce choix. Il faut profiter de ces outils gratuits qui sont de formidables vitrines pour communiquer. Ils sont des amplificateurs d’expertises et, bien utilisés, des accélérateurs dans une recherche.
Pour conclure, cette période aura été une formidable aventure humaine très révélatrice des qualités ou des défauts de certains. J’ai fait de formidables rencontres, et d’autres moins agréables. La stratégie mise en place a donné le résultat escompté.  Un petit délai d’une semaine se sera juste intercalé entre mes deux contrats dans un secteur d’activité très touché par la crise depuis 2007. Une nouvelle aventure a commencé avec un nouveau travail passionnant.

Trouver un emploi après un plan social, en temps de crise il faut oser changer le paradigme par Alban Jarry

[Billet du Blog] Quand la Géopolitique illustre le besoin de surveiller le risque financier sur les dettes souveraines : le cas de l’Ukraine

Quand la Géopolitique illustre le besoin de surveiller le risque financier sur les dettes souveraines : le cas de l'Ukraine par Alban Jarry

  

L’Ukraine, ce pays connu pour être le grenier de l’Europe, vient d’être au cœur de l’actualité de la Géopolitique mondiale sous fond de rivalité entre la Russie, l’Europe et les États-Unis. Cachée dans l’ombre, la finance mondiale joue une nouvelle fois l’avenir d’un peuple au bord de la faillite. La dette ukrainienne peut se transformer en l’épicentre d’un nouveau tremblement de terre.

De la Formule 1 au Paris Dakar

Après le précédent article décrivant les arcanes des salles des marchés et leurs équipements dignes de « Formule 1″, les épisodes récents de la Crise montrent que le changement de catégorie pour surveiller les risques attachés à ces belles mécaniques est indispensable. Il est préférable de viser une résistance digne d’un Paris Dakar afin de terminer l’épreuve et d’atteindre l’arrivée. Tenir dans la durée devient indispensable.

3 chocs qui détruisent les croyances et fondamentaux

Nous sommes en juillet 2007, la crise des subprimes déclenche une vague de panique et de chute des liquidités sur certains actifs financiers. Des fonds de trésorerie dynamique, que tous croyaient « sûrs », voient leurs valeurs liquidatives s’écrouler rapidement. La crise a frappé un premier pilier de croyances. Les agences de notations, qui validaient nos certitudes, viennent de montrer leurs failles et d’ébranler notre confiance. La notion de garantie implicite en capital sombre. Qui a de « bons actifs » ayant une valeur de marché ? Qui peut rapidement les vendre à un prix correct ? Qui détient ces produits ? Rares furent ceux qui purent répondre à toutes ces questions…

Nous sommes le 15 septembre 2008, la banque américaine Lehman Brothers vient de chuter. La violence du choc entraîne une nouvelle étape dans la nécessité de sur-réglementer la finance pour limiter les zones d’ombres. Le second pilier sombre avec le manque de transparence sur les actifs. L’interrogation devient « comment maîtriser son risque de contrepartie et son risque émetteur ? ». La gestion du risque devient le poumon de la finance. Dans ce monde qui avance à la vitesse de la lumière, il faut parvenir à éviter le brouillard ou la nuit…

Nous sommes au début de l’année 2010, la zone euro devient à son tour victime de turbulences sismiques. Le troisième pilier est détruit et nos dernières croyances dans l’espérance de détenir des actifs sûrs et liquides s’écroulent. L’escalade n’a plus de limite et ce sont les États qui révèlent à leur tour le gigantisme de leurs dettes et les risques qu’ils font encourir à la planète. Associée aux manifestations de certains peuples européens proches de la révolte, la géopolitique mondiale menace de vaciller au plus fort de la crise.

Ces 3 chocs nous apprennent que l’incendie peut revenir à n’importe quel moment, que la crise des dettes souveraines a généré une défiance généralisée dans le système. Qu’il n’existe plus d’actifs sans risque.

Anticiper un monde futur

Nous sommes en 2020, un monde meilleur post-crise a été créé et réglementé. Après moult versions, l’ensemble des réglementations financières (Emir, Aifmd, Solvency, Bale, …) est probablement opérationnel (la mise en place de Bale 3 est prévue pour se terminer en 2019). Chaque trimestre ou année, les différents organismes européens de banque finance assurance envoient leurs reportings de risques à la BCE, l’EIOPA ou l’ESMA. Une mega base de surveillances des opérations financières a été mise en place et en un clic de souris, grâce au code LEI (Legal Entity Identifier), chaque régulateur sait quelles sont les principales institutions exposées à un risque de défaut d’un émetteur ou d’une contrepartie.

Les solutions mises en place permettent de détecter quel sera l’acteur qui peut entraîner un risque systémique et un jeu de domino. Pourtant, un nouveau Lehman sera-t-il évité ? Une crise des dettes souveraines sera-t-elle contenue ? Comment circonscrire l’incendie une fois qu’il s’est propagé ? En complément de la détention de l’information, quels seront les moyens opérationnels mis en œuvre par les états pour gérer les futures crises ?

Le cas de l’Ukraine

Le cas de l’Ukraine est assez révélateur du nouvel état de surveillance des risques financiers dans le monde et de leur gestion. En décembre 2013, la presse internationale parlait déjà du risque de défaut de l’Ukraine. Le pays était au bord de l’implosion avec ses manifestations, ses réserves de change s’effondraient, les principales agences de notations classaient le pays parmi les plus risqués du monde. Tous les indicateurs étaient au rouge dans les documents d’analyse de la Coface.

Fin février 2014, le risque de défaut n’a jamais semblé aussi présent. Tous les indicateurs de risque sont allumés. La presse prédit une prochaine faillite.
Et pourtant, plusieurs fonds n’ont cessé pendant cette période de spéculer autour de cette dette. Dès décembre, le Financial Times et Bloomberg mentionnaient que Franklin Templeton se renforçait sur ses positions de dettes ukrainiennes après avoir joué il y a quelques années sur la dette irlandaise. Fin février, Les Échos et Twittermentionnaient le risque de signature associé à l’entité britannique dont les fonds pouvaient être emportés dans les tourments de la nouvelle révolution ukrainienne. Leur pari pouvait-il se transformer en échec ou être sauvé par un sauvetage des autres états ?

L’analyse en transparence des fonds

Plus rapides que les régulateurs, tous les institutionnels de la planète se sont organisés depuis 2007 pour mieux gérer leurs risques de contrepartie. Poussés par les réglementations, ils se sont équipés d’outils et d’équipes de plus en plus performantes. Depuis fin 2013, et les premières alertes, les robots de transparisation (ou « look trough ») tournent à plein régime pour identifier tous les risques directs et indirects d’exposition à la dette ukrainienne. Ce nouvel écosystème a intégré le risque des fonds de Franklin Templeton et des autres détenteurs de la dette ukrainienne dans son spectre d’analyse. Les hypothèses d’éventuels défauts de tous les intervenants de la chaîne tournent à plein régime. Stress tests et autres modèles simulent tous les cas de figure.

Ce probable futur cas d’école va être intéressant à observer. Les détenteurs de la dette auront-ils le loisir de maintenir leurs positions risquées face à la pression de leurs clients ? Seront-ils forcés de liquider leurs positions rapidement ? À qui pourront-ils revendre ces titres dans un marché de plus en plus adverse au risque une fois qu’il est identifié ? Les nouvelles contraintes réglementaires l’emporteront-elles sur le rendement espéré en cas de sauvetage ? Le cas de l’Irlande est-il encore applicable ? Tant de questions vont rapidement être soulevées.

En prenant l’exemple d’institutions soumises à la réglementation Solvency 2, et éventuellement détentrices indirectement de dette ukrainienne, le choix risque d’être rapide : Comment un Directeur des Risques ou des Investissements pourra-t-il justifier du maintien de ses positions dans les fonds concernés sous contrainte du « principe de la personne prudente » ? L’argument de la proportionnalité et d’une faible exposition sera-t-il utilisé ? Quelle sera la latitude vis-à-vis de la gouvernance ? Face à un risque identifié, peut-il y avoir une éventuelle responsabilité de celui qui ne déclenchera pas les processus d’alerte ? En cas de délégation de gestion, le gérant sera-t-il libre de son choix et du maintien de ses investissements ?

Les directions des risques

En mettant en place une direction des risques au sein de toutes les institutions, le phénomène de surveillance et d’autorégulation des marchés est en train de s’étendre. Les outils d’analyses des risques deviennent de plus en plus performants. Actif, Passif, Liquidité, transparence, des processus et procédures sont déterminés pour décrire les différents cas de figure de surveillance et les schémas de décisions à prendre. Seuils d’appétence au risque, définition des limites, mises en place de ratios et d’alertes, la constitution d’une direction des risques devient une arme de défense permettant à l’entité de mieux connaître et gérer ses risques financiers en cas de crise des marchés.

En 2014, les courses « Formule 1″ se jouent aussi dans les ordinateurs de bord des voitures les plus rapides et plus seulement grâce à la virtuosité des pilotes.

  

Quand la Géopolitique illustre le besoin de surveiller le risque financier sur les dettes souveraines : le cas de l'Ukraine par Alban Jarry