La bande dessinée, un art
Jan Hoet introduit son livre, « 9th Art : Art et innovation dans la bande dessinée européenne », par : « Nous savons tous que dans un musée nous trouvons de l’art. L’on pourrait se demander pourquoi donc organiser une exposition sur la bande dessinée ? La question n’est pas de savoir si la bande dessinée est un art… La bande dessinée s’est forgée un nom propre. »
Des années 1920 à nos jours, l’exposition « Bande dessinée passion de collectionneurs » avait pour objectif de présenter différentes déclinaisons du 9e art : dessins originaux (couvertures, planches et illustrations), sérigraphies, albums et objets. Dans l’Atelier Grognard de Rueil-Malmaison, un espace d’environ 600 m2, 135 originaux et 170 objets étaient présentés.
Le plus vieil original exposé était un dessin de 1920 d’Edgar P. Jacobs représentant Henri II. Réalisé sur papier de soie, il est très fragile.
Grand Prix d’Angoulême en 2016, Hermann a réalisé cette planche à l’aquarelle des Tours de Bois-Maury en 2001. Elle se distingue par l’action qui s’y déroule, ses cadrages et ses couleurs. Elle a une construction très géométrique.
Avec ces œuvres de Jacobs et Hermann, on observe l’évolution des styles et des techniques en presque un siècle.
Les origines
C’est à partir de 1827 que Rodolphe Töpffer est considéré comme le premier auteur de bandes dessinées. C’est en 1929 qu’Hergé publie Tintin, Reporter du petit vingtième, au Pays des soviets. Il marquera le début des bandes dessinées modernes et de masse telles que nous les connaissons aujourd’hui.
En 1934, Benjamin, le premier grand hebdomadaire français pour la jeunesse, fait un article sur Rabier, Poulbot et Saint-Ogan. Il débute par « les dessinateurs sont des gens mystérieux. Ils donnent naissance à des personnages que l’on voit partout, reproduits à des milliers d’exemplaires. Eux, les auteurs, on ne les voit jamais : on ignore leur physionomie, leur âge, leur histoire. C’est pourquoi j’ai voulu vous en présenter ».
Avec plus de 60 auteurs exposés, l’objectif était de montrer la variété des styles et techniques liés à la bande dessinée à travers le temps.
Morris un oracle
En 1964, dans le journal de Spirou, Morris et Vankeer dirent « les bandes dessinées sont nées avant le cinématographe de MM. Lumière. Mais on ne les a guère prises au sérieux pendant les premières décennies de leur existence, et c’est pourquoi la série d’articles qui débute aujourd’hui s’appellera 9e art ». La bande dessinée accédait alors au statut d’art reconnu.
Aujourd’hui, la bande dessinée s’expose dans les musées et les galeries d’art ! Pour bâtir une collection, il faut apprendre à dénicher les bonnes occasions et autres perles rares dans les librairies spécialisées, les galeries, les salles des ventes ou sur internet.
Anciennes planches, reprises de personnages ou séries, le style rétro perdure. Si chaque génération de dessinateurs évolue, certains restent classiques dans la lignée des anciens. Tous les types de collections sont possibles avec le 9e art.
Quelques dessinateurs et héros exposés
Jacques Martin (1921-2010) est connu pour ses séries d’aventures ou historiques comme Alix, Lefranc ou Jhen. Dessinateur réaliste, il a assisté Hergé pour plusieurs albums de Tintin. Avec André Juillard, il a créé Arno. Il a formé de nombreux dessinateurs pour assurer sa succession dont Marco Venanzi qui a dessiné cette double planche d’Alix dans le théâtre antique d’Orange.
Albert Uderzo (1927 – 2020) a été nommé Grand prix d’Angoulême en 1999. Il est le plus célèbre dessinateur français. Calvo fut son maître. Sa rencontre avec Goscinny généra Luc junior, Oumpah-Pah puis Astérix en 1959 qui deviendra l’un des plus gros succès de la bande dessinée franco-belge. C’est lui qui a inventé les personnages d’Obélix et d’Idéfix. Des statuettes et plaques d’impression issues de cet univers faisaient partie des objets les plus rares de l’exposition.
Peyo (1928 – 1992) a d’abord créé Johan et Pirlouit. Puis, c’est au cours d’un repas avec Franquin que le terme Schtroumpf fut inventé. C’est en 1958 qu’il imagine les personnages des Schtroumpfs dans « la flûte à six trous ». Face à la demande des lecteurs du journal de Spirou, une petite histoire des Schtroumpfs est publiée dans le numéro 1000 et c’est en 1963 qu’il publie leur premier album « Les Schtroumpfs noirs ».
« Savez-vous que les premiers collectionneurs de bd avaient honte ? Ils passaient pour des fous et n’auraient jamais osé avouer que c’était pour leur plaisir personnel qu’ils en conservaient. Ils disaient que c’était pour leurs enfants ou leurs neveux… ils furent cependant les courageux pionniers. » Dans les cahiers de la bande dessinée n°69 en 1986.
En un siècle, la bande dessinée est passée de la production pour quelques journaux et déclinaisons en livres au statut de 9e art qui s’expose. Les techniques ont évolué, l’industrialisation et l’informatique ont changé les modes de production mais c’est un art qui repose encore sur les dessinateurs. Ces talents font que quelques traits et crayonnés se transforment en de magnifiques dessins à l’encre de chine ou en couleurs. Admirer leurs œuvres, non déformées par la reproduction, est une chance incroyable. Se plonger dans leur Histoire fut passionnant.
Pour accompagner le parcours de l’exposition, une vidéo plus complète a été réalisée :
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Du 24 avril au 14 juin 2026, en tant que Commissaire d’exposition, j’organisais avec la ville de Rueil Malmaison une exposition « Bandes dessinées passion de collectionneurs ».
Un compte Instagram retrace tout le parcours de l’exposition « Bande dessinée passion de collectionneurs puis celui de l’exposition « Blake et Mortimer, 80 ans de l’Espadon » à Meudon :